L’authenticité : une valeur tendancielle ?

Le vrai, la transparence et l’authentique sont les mots-clés de l’année. Le nombre d’études du genre « ce qu’attendent les Français en 2018 » prouve que le sujet est sur tous les écrans. Ces 3 notions sont des valeurs morales essentielles dans notre civilisation, vous l’avez sûrement étudié en philosophie en Terminale. Mais les enquêtes et sondages sur le thème n’abordent le sujet que sur un angle, celui d’une tendance, d’un manque né des interactions et donnent l’impression de tout savoir sur leurs attentes ou de comment y répondre grâce à la technologie.

De nos jours c’est un thème débattu entre journalistes, experts et professionnels; c’est un outil utilisé par les entreprises et les politiciens pour atteindre des objectifs et pour le grand public il est une revendication face à des abus, une insécurité des relations.

Et les publicitaires l’ont bien compris, depuis plusieurs années ils mettent l’authenticité en avant : le caractère authentique des glaces, du terroir, du fondateur d’une entreprise, exposition de labels ou de certifications… ça donne de magnifiques publicités parfois, en cohérence avec la perception du spectateur. Sauf que voilà si au XXIème siècle on en est à découvrir que les individus ont besoin d’authenticité j’ai envie de dire qu’on a loupé quelque chose.

« La recherche d’authenticité est un point important pour les personnes et leur relation avec le reste du monde ». Ok ! 

Mais qu’est-ce que l’authenticité ? Quelle est sa forme ? Son cadre d’expression ?

L’authentique c’est d’abord l’unique, l’original. Dans une société de la duplication, c’est une valeur rare.  Comment l’identifier dans cette multitude de discours ? Où trouver l’authentique ? Comment le reconnaître ? Comment démasquer les messages imposteurs ? La technologie peut-elle authentifier les messages ? Ou assurer une qualité de l’information ? L’authenticité pour moi est-elle la-même pour mon voisin ?

L’individu ne devrait-il pas redevenir un citoyen de l’espace public, la société ne devrait-elle pas privilégier la diffusion d’une culture à travers un canal de référence ?

L’authenticité est une affaire collective, lorsqu’elle est ramenée aux attentes d’un individu fragmenté culturellement, issu d’une société segmentée, elle sera protéiforme et donc difficile à partager et à devenir une valeur commune.

Le besoin d’authenticité existe depuis longtemps. Seulement sa remise en question n’était pas systématique, elle n’existait quasiment pas, l’espace public restait limité à la communauté. Ce qui était authentique émanait de l’autorité (religieuse, militaire, souveraine, communautaire…). Elle évacuait le doute pour l’individu car encadrait la vision du monde.

Actuellement le besoin d’authenticité vient principalement du sentiment dominant de tromperie, galvanisé par le progrès technique, dans un espace privé-public mondialisé en perte de repères. Et les principaux pointés du doigt pour leur manque d’authenticité sont les politiciens et les entreprises, dont les processus d’actions sont différents des individus. La logique d’action prend du temps, les temps de décisions sont longs par rapport au temps de consommation de l’info. Les entreprises et les politiciens doivent réagir constamment, répondre aux urgences, aux attaques, pourtant un blog, un tweet sont-ils efficaces pour faire de la politique, pour engager sur du long terme, pour créer de la confiance ?

La démagogie s’est popularisée et avec elle l’apparition de messages superficiels juste pour répondre au marché de l’audience.

Pourtant Instagram se porte bien, nous continuons de confier nos données sans vraiment comprendre les enjeux, malgré les Wikileaks ou autres Cambridge Analytica, des règlementations de protection sont mises en place, mais peu d’entre nous se sentent concernés. Nous installons des objets connectés piratables, nous échangeons avec des chatbots (plus c’est automatisé mieux c’est !), nous suivons des inconnus pour avoir des réponses, pour prendre des décisions sans garantie, nous déléguons aux autres en permanence : comment éduquer ses enfants ? Comment entretenir son couple ? Comment faire des crêpes ? Un partage de savoir utile mais auparavant nous connaissions les prescripteurs (nos parents, médecin…). Maintenant nous pouvons apprendre le japonais sans savoir si notre instructeur a le bon accent.

Nous nous faisons berner par des « fake news », en fait nous nous bernons nous-mêmes puisque l’accès à ces fausses infos est basé sur nos centres d’intérêts.

Donc face à ces incertitudes nous revendiquons plus d’authenticité de ceux qui nous sont proches, ce qui est contrôlable : les politiciens, les entreprises, les amis…le militantisme augmente, les nouvelles générations ont besoin de sens et s’impliquent davantage dans des causes humanitaires.

La technologie comme réponse ?

On veut de la transparence et de l’authenticité partout, tout le temps, donc on s’équipe de mieux en mieux, le mobile nous suit partout, on se re-connecte aux médias historiques. La technologie, la connexion à un réseau mondialisé, nous donne l’illusion de contrôler les relations humaines, de mieux comprendre notre monde, or elle n’agit que sur l’interaction (le rationnel) : elle nous permet de contrôler la vitesse, la forme, la vie du contenu mais pas son interprétation (l’irrationnel), elle ne nous permet pas d’influencer le récepteur ou notre propre perception. La technologie agit sur la diffusion du message mais pas sur son sens. Je reprends, ici, l’idée de Dominique Wolton dans son ouvrage « La communication, les hommes et la politique » : chaque progrès technologique ( téléphone, radio, télé, internet) a fait cette promesse d’améliorer le monde mais la réalité est différente. Plus de radio a-t-il mis fin à la guerre ? ou au racisme ?

Dans la même veine, plus de technologie d’information est-il synonyme de transparence ? Il ne me semble pas, plus il y a de canaux d’information et plus l’information se standardise, se synthétise, pour être traitée rapidement, moins elle est transparente, plus elle est floue et entretient la confusion, se polarise et se segmente.

Comment retrouver de l’authenticité ?

Mais l’authenticité nous manque-t-elle parce qu’elle possède une véritable valeur ou bien est-elle un prétexte pour nous préserver ? Et à ce moment nous ne faisons que décharger sa responsabilité sur les autres ?

Finalement l’authenticité est-elle un phénomène défini dans l’espace et le temps ? Une mode ? Une tendance ? Une nécessité ? Ou une évidence ? Un droit ?

La question est de savoir combien de temps durera ce besoin d’authenticité avant qu’une autre « tendance » la remplace. Absurde ! Qu’est-ce qui pourrait remplacer la valeur la plus subjective, la plus malléable, la plus contredite, la plus universelle ?  Pourquoi débattre du sujet comme si c’était une surprise, une révélation ? Qui voudrait d’une relation basée sur le mensonge ?

L’authenticité n’est pas une tendance à valoriser ou à exploiter, c’est une valeur détachée de la modernité ou de la tradition. Il ne faut pas confondre « authenticité » et « vision immédiate du monde ». Elle est universelle et pour la conserver la 1ère étape est de se déconnecter de l’idée que les technologies de l’information améliorent la communication ! Parce que la technologie doit être au service de l’authenticité et de la communication. L’authenticité est garante d’une communication saine et durable, elle se construit dans la durée, elle prend du temps à s’établir, soeur de la confiance, mais elle est si fragile en même temps. Elle ne peut être qu’un problème technique ou économique d’une société interactive. Elle est un sujet social. Le reste viendra tout seul.

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