Société de communication ? Ou société de re-production ?

Source de l’image : Pixabay.com

 

Voici un excellent article « LE « SIMILI-SMART » VA-T-IL TUER LA CRÉATIVITÉ ? »
publié sur Stratégies.fr (lien : http://www.strategies.fr/etudes tendances/tendances/4016504W/le-simili-smart-va-t-il-tuer-la-creativite-.html), une réflexion qui peut passer inaperçue pourtant sous notre nez. Le sujet révèle que notre monde est un continuum culturel.

Peut-on créer sans copier ? La mondialisation, les TIC, la liberté individuelle nous autorisent à le faire alors pourquoi s’en priver ? Et dans cette logique cet article m’a inspiré.

Si Propp ou Campbell ont pu identifier des règles communes ou des parcours types de héros à partir de milliers de contes et légendes c’est parce que les cultures se transmettent, se diluent, se transforment… De nos jours on peut voir ces « copies » car nous avons les références à porter de main, mais il y a quelques siècles pour connaître l’origine d’une histoire c’était plus difficile, les distances temporelles ou spatiales séparant deux lieux, deux conteurs, donnaient la possibilité de modifier l’histoire, de l’adapter, au rythme de la mémoire humaine sans « fact-checking », ( d’ailleurs les mythologies sont-elles des « fake news » à la base ? ). A partir de références, sur la base d’analogie, les histoires évoluaient avec leur temps et leur espace. L’analogie est un phénomène humain qui s’appuie sur l’expérience passée, ce qui permet d’appréhender la nouveauté et de créer.

Or maintenant nous assistons à un lissage de la créativité et la vitesse de diffusion des connaissances nous font prendre conscience des « bonnes recettes du marketing hollywoodien » (les blockbusters) celles qui plaisent, qui sont dupliquées mais non recyclées, qui demandent le moins d’efforts cognitifs, car nous n’avons pas le temps de se poser et de réfléchir. On est dans une aire du « déjà-vu », du « réchauffé ». Et on est prêt à payer pour ça.

C’est un serpent qui se mord la queue : si mon expérience passée est la même que celui de mon voisin en raison du flot qui se déverse de contenus similaires , il est donc normal que la probabilité que je crée la même chose que lui soit élevée.  En sachant que la création originale nécessite un processus de réflexion dont les ingrédients sont le niveau de connaissances, la capacité à produire des concepts et à leur donner forme, nous allons droit vers un conformisme de la créativité.

Puisque rien ne se crée tout se transforme, où est l’originalité ? Que devient la variété des contenus ? Comment faire face à ce flot de notifications ? Comment faire le tri et trouver une information pertinente ? Certains répondront « il y a les algorithmes » mais les algorithmes ne font que détecter ce qui est populaire, ensuite nous suivons leur recommandation pour plus de visibilité. L’algorithme n’est qu’un programme influencé par nos choix.

Qui en est responsable ? Le lecteur est-il aussi responsable que l’auteur ? Sont-ce la majorité d’utilisateurs qui ont les mêmes centres d’intérêts, les auteurs qui s’assurent de la visibilité pour leur réputation et leur audience ou bien les plateformes qui veulent conserver leurs utilisateurs en leur donnant du jeu et du pain ?

La véritable créativité est le fruit d’une minorité de créateurs, qui ont une connaissance fine et intime de leur domaine, quasi-obsessionnelle. Sauf qu’ils deviennent de plus en plus difficile à identifier car ils concernent des niches culturelles. Certains artistes sont même censurés par les plateformes pour non respect des règles de publication (nudité, caricaturée, politique…). La technologie devient un censeur et un producteur de conformité. Ces plateformes technologiques font la politique de notre société soit disant pour protéger les utilisateurs. Le véritable objectif est de pouvoir maîtriser et d’anticiper l’information qui passe par leurs tuyaux car ils pourront mieux la monétiser.

C’est le paradoxe bien connu maintenant : les TIC ont multiplié l’information mais pas sa qualité. Le contenu doit répondre à des critères précis, dictés par les plateformes, modérés, censurés, pour protéger l’utilisateur, pour répondre aux standards et être sûr d’être référencés.

La représentation du monde suit donc la culture dominante grâce à la quantité, la répétition, la facilité de consommer et de donner du plaisir… un véritable fast-food culturel en fait, mais orienté par les TI. C’est le lot du web 2.0 : crowdsourcing, l’auto-production de contenus…

Toutes les productions sont concernées de la musique au journalisme en passant par la cuisine ou le style d’écriture et la représentation des politiques… le mimétisme favorise le phénomène de collection dont parle Dominique Cardon, il y a un côté narcissique et cathartique, posséder son image, se projeter, faire partie d’un courant dominant, montrer qu’on y participe, réduire l’incertitude, exister… c’est aussi comme suivre une notice d’utilisation, de visibilité et d’existence.

L’appropriation des technologies, la représentation de soi et la production de contenu massive grâce à ces technologies sont nouvelles dans nos sociétés, pour tout un chacun. Cela demande une initiation. On regarde ce que font les autres et on reproduit car c’est plus facile, plus rassurant, comme une notice. La créativité est un état d’esprit, une aventure, une prise de risque et de position. Les artistes ne créent plus les bases rythmiques car elles sont inclues dans la bibliothèque de l’application. Les brushs et les filtres Photoshop facilitent la productivité dans le graphisme, les templates dans le design. C’est à cela qu’on reconnaît un artiste de génie, il est capable de faire de l’originalité avec des références ou des standards ou tout réaliser lui-même sans contraintes mais à partir de connaissances acquises.

Et cette abondance de contenus similaires due aux échanges mondialisés provoque le renforcement d’une charge identitaire…. (Des groupes ou des communautés s’indignent quand une part de leur culture est récupérée pour alimenter le « mainstream ».)  … ou un éloignement identitaire ( 2 populations différentes représentées par le même mannequin disponible sur une image banque) suivi d’un manque d’implication.

Mais la reproduction est aussi un moyen de se souvenir, de revivre, de partager avec une autre génération, une autre communauté si et seulement si nous parvenons à conserver une trace de la transmission de ce contenu. Il faut valoriser la référence et non s’attribuer l’oeuvre. C’est cela le plagiat.

Pour conclure : La copie est dans la nature des choses. La société actuelle se base plus sur la transmission que sur la communication, différence faite par Régis Debray (lien : http://www.ekouter.net/communiquer-et-transmettre-par-regis-debray-a-la-bibliotheque-nationale-de-france-572). Le défi est le suivant : au-delà de transmettre ou de reproduire une information dupliquée, il faut pouvoir communiquer le sens de ces actions et ne pas être juste un reflet sans profondeur. Nous devrions prendre le temps de le faire.

 

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